Il ne suffit pas d'aller loin. L'aventure est au bout du chemin, suivez-moi !
Le château de Bosmelet à Auffay, bâti au XVIIème, a été bombardé à de nombreuses reprises en 1944 par les Alliés. Pourquoi me direz-vous ? (cela m'arrangerait !)
Pour vous répondre, il me faut vous raconter l'histoire incroyable de Michel Hollard pendant la dernière guerre.
Il constitue dès 1941 le réseau de résistance AGIR et communique un grand nombre de renseignements à Londres sur les forces ennemies en France.
Au cours de l'été 1943, il apprend que les Allemands effectuent des constructions dans le plus grand secret aux environs de Rouen. Il se présente donc aux services de la main-d'œuvre, où il se fait passer pour le représentant d'une mission protestante souhaitant prendre contact avec les jeunes travailleurs de ces chantiers. Il obtient ainsi la liste des endroits où sont employés ces jeunes. Le premier sur la liste est la gare d'Auffay. Il commence alors les investigations… A quelques km du centre d'Auffay, il y a un énorme chantier avec un nombre impressionnant de travailleurs. Habillé en bleu de travail, il prend une brouette et entre dans le chantier sans problème, les sentinelles le prenant pour un ouvrier. Ce qui étonne Hollard, c'est la présence d'une piste en béton de quelque 50 m construite avec une certaine inclinaison. Il voit une ficelle bleue du type de celles utilisées par les maçons, qui épouse parfaitement cette piste et qui se prolonge plus loin encore. Il pense alors que cette ficelle indique une certaine direction. Il va vérifier à l'aide de sa petite boussole de poche qu'il pose par terre en faisant mine de nouer ses lacets. Arrivé chez lui, il prend une carte et pose la boussole sur l'endroit où se trouve cette piste. En prolongeant la direction donnée, il constate qu'elle est orientée vers la ville de Londres.
Il transmettra une quantité importante de renseignements, dont une centaine de schémas des constructions avec leur implantation tout au long de la côte normande et du Nord de la France, et sera à même de décrire minutieusement la bombe volante V1. Pour cela il se rend 98 fois à l'ambassade de Grande-Bretagne en Suisse, au péril de sa vie, pour remettre les plans. Grâce à la précision de ses informations, les britanniques ont pu bombarder cent quatre rampes de V1, soit 90 % de ce qui était prévu par les Allemands.
En 1994, un an après sa mort, lors du 50e anniversaire du Débarquement, une place Michel-Hollard était inaugurée devant la gare d’Auffay. Sur la plaque, on peut lire "Place Michel Hollard, l'homme qui sauva Londres en 1943". Dix ans plus tard, le 27 avril 1994, une rame Eurostar fut également baptisée à son nom.

