Il ne suffit pas d'aller loin. L'aventure est au bout du chemin, suivez-moi !
Avant qu'il ne reçoive le prix Nobel de Littérature, je ne connaissais pas Naguib Mahfouz.
C'est sa trilogie sur l'Egypte à la fin de la période britannique qui l'a rendu célèbre. Nous entrons dans l'intimité d'une famille bourgeoise musulmane du Caire. Les deux premiers tomes (Impasse des deux palais et le palais du désir)couvrent la période 1920-1935. Le troisième (le jardin du passé) traite de l'effort final de l'Egypte pour se dégager de la tutelle britannique, entre 1936 et les lendemains de la Seconde Guerre mondiale.
Le héros du livre, Ahmed Abd el-Gawwad est un commerçant prospère et réputé. Il est d’une sévérité extrême chez lui. Aucune communication n'existe. Son épouse depuis 25 ans, Amina, est entièrement dévouée à sa famille, effacée et cloîtrée (d'où l'importance des moucharabiehs !). Vous connaîtrez également les autres membres de sa famille : ses 3 fils : Yasine (21 ans) d’une première épouse répudiée, Fahmi en fin d’adolescence, et Kamal (10 ans) et ses 2 filles : Khadiga (20 ans) et Aïsha (16 ans)
Monsieur Ahmed va dans trois mondes distincts : sa maison où il est un véritable tyran, sa boutique et les appartements des almées (danseuses et musiciennes) et des prostituées. Il aime sincèrement sa famille et sera beaucoup tiraillé par les choix qu’il sera amené à faire : marier Aïsha en premier, au risque de faire de la peine à son aînée, exiler sa femme parce qu’elle a osé sortir de la maison, prendre sa voisine pour maîtresse, composer avec les préceptes religieux qui guident chacun de ses actes.
Tous les domaines qu'ils soient sociaux, politiques, religieux, culturels, familiaux sont étudiés minutieusement par Naguib Mahfouz dans ce roman. Un livre passionnant qui nous permet assurément de mieux connaître l'histoire de l'Egypte.
Extrait : " La mère et les deux filles s'empressèrent de rejoindre le moucharabieh et se postèrent derrière le claire-voie donnant sur al-Nahhasin pour voir, à travers les orifices du bois, les hommes de la famille en chemin. Le père apparut en premier, marchant d'un pas lent, l'air digne de salut. ... Elles le suivaient les yeux pleins d'admiration et de fierté. Fahmi lui emboîtait le pas de sa démarche précipitée, puis Yasine, avec le stature d'un taureau et l'élégance d'un paon. Enfin arriva Kamal qui, sans avoir fait deux pas, se retourna et leva la tête vers la croisée grillagée du moucharabieh où il savait que sa mère et ses deux soeurs se cachaient. Il sourit et continua son chemin, en coinçant son cartable sous son bras"...